Oui, on peut faire un feu de camp au chalet au Québec, mais pas n’importe quand ni n’importe comment : une interdiction de feux à ciel ouvert, un règlement municipal ou une règle du propriétaire peut l’empêcher le jour même. Et si vous arrivez avec votre propre bois de chauffage, vous pourriez enfreindre une réglementation fédérale sur l’agrile du frêne sans le savoir. Voici, en une quinzaine de minutes de lecture, ce qu’il faut vérifier avant de partir et sur place.

Pourquoi le feu de camp est si encadré au Québec

Rien ne fait davantage rêver au chalet qu’une soirée autour du feu, mais cette image romantique a un revers. D’après la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU), environ 60 feux de forêt par année au Québec ont pour origine un feu de camp non maîtrisé ou pas complètement éteint. L’organisme précise aussi qu’environ 80 % des feux de forêt sont d’origine humaine, ce qui signifie qu’ils sont évitables.

Cette réalité explique la logique des règles : le feu est toléré, mais dans un cadre précis, avec une installation prévue pour le contenir, de la vigilance et, parfois, une interdiction totale. Ce cadre ne vient pas d’un seul endroit. Il résulte de trois niveaux qui s’additionnent :

  • les mesures provinciales (interdiction de feux à ciel ouvert ordonnée lorsque le risque d’incendie de forêt le justifie) ;
  • les règlements municipaux (permis, types de foyers autorisés, heures, distances) ;
  • les règles de l’hôte (foyer fourni ou non, consignes d’assurance, interdictions propres à la propriété).

Le locataire ou le visiteur de passage a rarement le réflexe de vérifier les trois. C’est pourtant ce qui évite une amende, un séjour gâché ou, dans le pire des cas, un incendie.

Feu à ciel ouvert, foyer extérieur, poêle : de quoi parle-t-on ?

Les termes ont leur importance, car les règles ne s’appliquent pas de la même façon à tout ce qui brûle.

Un feu à ciel ouvert est un feu allumé à l’extérieur, sans cheminée ni structure fermée : feu de camp traditionnel au sol, feu de nettoyage, feu de joie. C’est lui que visent le plus souvent les interdictions.

Un foyer extérieur est une installation conçue pour contenir un feu : foyer en pierre ou en métal, brasero, foyer portatif. Plusieurs municipalités le distinguent du feu à ciel ouvert et le soumettent à des conditions précises, par exemple la présence d’un pare-étincelles en bon état.

Un poêle à bois ou un foyer intérieur relève d’un autre univers : la sécurité du conduit, de la cheminée et de la ventilation, abordée plus loin. Il n’est pas visé par les interdictions de feux à ciel ouvert, mais il pose ses propres exigences.

Enfin, certains appareils fonctionnent au gaz propane ou à l’éthanol. Ils sont souvent traités différemment des feux au bois, y compris pendant une période d’interdiction, mais ce n’est pas automatique : seule la règle locale tranche.

Les interdictions de la SOPFEU : comment les repérer

Lorsque les conditions deviennent sèches et dangereuses, des mesures préventives peuvent être ordonnées en vertu de la Loi sur la sécurité incendie. La SOPFEU en décrit les niveaux principaux : l’interdiction de faire des feux à ciel ouvert dans les forêts ou à proximité, et, dans des situations plus graves, l’interdiction d’accès à certains secteurs forestiers.

Sous une interdiction de feux à ciel ouvert, les feux de camp, les feux d’abattis et les éléments pyrotechniques sont visés ; un feu dans une installation conforme munie d’un pare-étincelles peut faire l’objet d’exceptions : vérifiez les consignes de la SOPFEU. Il y a toutefois une exemption, que la SOPFEU décrit ainsi : un foyer ou un poêle à combustible solide allumé dans une installation prévue à cet effet et muni d’un pare-étincelles dont les ouvertures ne dépassent pas 1 cm, ou encore un appareil à gaz ou à l’éthanol. L’installation doit reposer sur un sol minéral, c’est-à-dire une surface pavée ou un sol dégagé de terre ou de gravier, pas sur de l’herbe sèche ou de la mousse.

Deux réflexes simples permettent de ne pas se tromper :

  1. Consulter l’état des restrictions le jour même, sur le site de la SOPFEU ou dans son application, qui affiche aussi l’indice de danger d’incendie. Une situation change en quelques heures.
  2. Ne jamais considérer l’exemption comme acquise : les règlements municipaux peuvent être plus sévères que les mesures provinciales. Une municipalité peut interdire les feux au bois même quand la province les tolère.

Un élément à retenir pour les propriétaires et les gestionnaires : un permis de brûlage peut être suspendu ou annulé lorsqu’une interdiction est décrétée, par la municipalité ou par la SOPFEU. On ne peut donc pas s’appuyer sur un permis obtenu la veille : vérifiez son statut le jour même.

Règlements municipaux et règles de l’hôte : le deuxième filtre

Le Québec compte des centaines de municipalités et chacune adopte ses propres règles sur les feux extérieurs. Lisez les exemples de règlements publiés par plusieurs d’entre elles et vous verrez la même structure revenir : définition du feu à ciel ouvert, exigences sur le foyer, obligation de surveillance, éventuel permis à demander à l’avance, et sanctions.

Ce qui varie réellement d’un endroit à l’autre :

  • Le permis : certains secteurs en exigent un pour un feu à ciel ouvert, d’autres l’autorisent dans un foyer conforme sans formalité.
  • Le foyer admis : foyer fixe en matériau incombustible, foyer portatif avec pare-étincelles, ou foyer au gaz seulement.
  • Les périodes et les heures : certaines municipalités interdisent les feux pendant certaines périodes de l’année ou la nuit.
  • Les zones : un feu proche de la forêt ou d’un secteur à risque n’est pas traité comme un feu au milieu d’un village.

Votre meilleure source reste l’hôte. Demandez-lui, avant de réserver, si un foyer est fourni, où il se trouve, si le bois est inclus et si le contrat ou l’assurance impose des règles particulières. Notre entretien avec une gestionnaire immobilière sur les vérifications à faire avant de réserver un chalet rappelle d’ailleurs que ces questions pratiques évitent bien des mauvaises surprises à l’arrivée.

Foyer extérieur métallique muni d'un pare-étincelles sur un sol de gravier, avec un seau d'eau et une pelle à portée de main
Un foyer avec pare-étincelles, sur sol minéral, un seau d'eau et une pelle : la base d'un feu sans risque.

Allumer, surveiller, éteindre : la routine d’un feu sans risque

La plupart des règles de bon sens tiennent en quelques gestes. Il ne s’agit pas de ritualiser chaque soirée, mais de prendre l’habitude de la même séquence.

Avant d’allumer. Choisissez l’emplacement prévu, à bonne distance du chalet, de la terrasse, des arbres, des tentes, des réserves de bois et des véhicules. Dégagez autour du foyer les feuilles, aiguilles de conifère et branches sèches. Gardez à portée de main un seau d’eau ou un tuyau d’arrosage raccordé, ainsi qu’une pelle. Regardez le vent : dès qu’il se lève, les étincelles voyagent, et mieux vaut remettre le feu à plus tard.

Pendant le feu. Ne laissez jamais un feu sans surveillance, même quelques minutes. Gardez un feu de taille raisonnable : une grande flamme n’ajoute rien à l’ambiance et multiplie les risques d’escarbilles. N’employez ni essence ni autre liquide inflammable pour allumer ou raviver : les accidents graves viennent souvent de là. Surveillez particulièrement les enfants et les animaux, et rappelez à tous qu’on ne laisse pas des jeunes manipuler les tisons.

Pour éteindre. C’est l’étape qu’on bâcle le plus, alors que la SOPFEU attribue à des feux de camp mal éteints une part notable des départs de feu. La méthode est connue : arroser abondamment les braises, remuer les cendres pour atteindre les braises cachées, arroser de nouveau, jusqu’à ce que tout soit froid au toucher. Quand le sol est encore chaud en passant la main au-dessus, ce n’est pas terminé. Une personne qui se couche en laissant « mourir » le feu prend un risque inutile.

Pour le lendemain. Les cendres d’un foyer ou d’un poêle peuvent rester dangereusement chaudes longtemps après un feu qui semble éteint. Laissez-les refroidir, puis transférez-les dans un contenant métallique avec couvercle, posé sur une surface non combustible et loin du chalet. Jamais dans un sac en plastique, une boîte en carton ou une poubelle de la cuisine.

Apporter son bois de chauffage : l’interdiction qui surprend

C’est la règle que presque personne ne connaît, et qui touche directement les vacanciers. Pour freiner la propagation de l’agrile du frêne, un insecte exotique qui s’attaque aux frênes, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) interdit de déplacer du bois de chauffage hors d’une région réglementée. L’interdiction vise tout type de bois de chauffage, pas seulement le frêne, et elle s’applique autant aux usages commerciaux qu’aux déplacements privés : l’ACIA donne explicitement l’exemple de celui qui apporte son bois à un chalet ou à un terrain de camping.

Concrètement :

  • Si vous habitez dans une région réglementée, vous ne devez pas charger votre coffre de bûches pour les emporter jusqu’au chalet, même situé dans une autre région.
  • Le matériel de frêne (billes, branches, copeaux) est soumis à la même interdiction de sortie de zone sans autorisation de l’ACIA.
  • Pour déplacer du bois ou du frêne quand une exception se justifie, il faut demander une autorisation écrite au bureau régional de l’ACIA.

La zone réglementée couvre de nombreuses municipalités régionales de comté (MRC) du Québec, dont l’agglomération de Montréal et celle de Longueuil. Elle a été élargie à plusieurs reprises au fil des détections de l’insecte. La carte et la liste exactes évoluent : consultez la page de l’ACIA sur l’agrile du frêne avant de partir, plutôt que de vous fier à une liste figée.

La solution la plus simple : acheter sur place

Le moyen le plus sûr de respecter cette règle est de ne rien apporter. Plusieurs chalets incluent une provision de bois ou en vendent à la corde ou au fagot. Dans les petites localités, on trouve aussi du bois chez des dépanneurs, des quincailleries ou des producteurs voisins. Un conseil pratique : demandez à l’hôte d’où provient le bois et s’il est suffisamment sec, car un bois vert fume, chauffe mal et encrasse la cheminée.

Cette précaution vaut aussi à l’inverse : ne repartez pas avec les restes de bois du chalet pour les ramener chez vous.

Femme empilant du bois de chauffage fendu contre le mur d'un chalet en bois rond à l'automne
Acheter son bois sur place évite d'enfreindre l'interdiction de déplacer du bois de chauffage hors d'une région réglementée.

Poêle à bois et foyer intérieur : les bases de la sécurité

Dans un chalet chauffé ou égayé par un poêle à bois, la question n’est plus celle de l’interdiction, mais celle des bons usages. Quelques points à vérifier ou à demander à l’hôte à l’arrivée :

  • L’état du conduit et de la cheminée. Un conduit encrassé augmente le risque de feu de cheminée. Le propriétaire devrait en assurer le ramonage régulier ; en tant que locataire, vous pouvez demander quand il a été fait.
  • Le pare-feu et les dégagements. Meubles, rideaux et vêtements ne doivent pas s’approcher de l’appareil. Une plaque de protection au sol est un bon signe.
  • Les détecteurs. Détecteur de fumée et détecteur de monoxyde de carbone fonctionnels sont indispensables dans tout chalet muni d’un appareil de chauffage à combustion. Si l’un manque ou sonne faux, signalez-le à l’hôte.
  • Le bois lui-même. Utilisez du bois sec et fendu. Ne brûlez jamais de bois traité, de contreplaqué, de déchets ou d’emballages.
  • L’ouverture du tirage. Ne fermez pas complètement la clé du conduit tant que des braises subsistent : le monoxyde de carbone s’accumule vite dans un espace clos.

Ces règles s’appliquent aussi aux foyers de salon et aux foyers des chalets haut de gamme. Elles prennent un relief particulier quand on voyage en groupe ou avec des tout-petits : notre liste de vérification pour la sécurité des jeunes enfants au chalet passe en revue les points à vérifier, dont le foyer au bois, les avertisseurs de fumée et de monoxyde de carbone.

Feu de camp, enfants et animaux : prévoir pour tous

Un feu attire. Les enfants veulent s’en approcher, les chiens veulent le contourner et les adultes finissent par se détendre. Un point de rencontre simple vaut mieux que des consignes répétées : tracez mentalement un périmètre, désignez un adulte responsable du feu, et décidez à l’avance de la manière d’éteindre.

Avec un chien, pensez aux braises qui s’envolent et aux cendres chaudes sur lesquelles il peut marcher ; consultez aussi notre guide du chalet qui accepte les chiens pour les règles propres à ce type de séjour. Avec un groupe d’amis, attention à la fatigue et à l’alcool, qui se combinent mal avec un feu et un lac à proximité ; notre comparatif chalet de groupe d’amis ou de famille aide à choisir une configuration adaptée.

Et pour les propriétaires et gestionnaires de chalets ?

Si vous louez un chalet, les règles qui vous protègent sont aussi celles qui protègent vos locataires. Quelques bonnes pratiques :

  1. Fournir un foyer conforme installé sur une surface non combustible, à distance de la construction et des arbres, avec un pare-étincelles dont les ouvertures respectent la limite de la SOPFEU.
  2. Afficher les consignes dans le chalet : où allumer, comment éteindre, où mettre les cendres, quoi faire pendant une interdiction.
  3. Indiquer la provenance du bois et rappeler l’interdiction de déplacer du bois de chauffage hors d’une région réglementée.
  4. Prévoir un seau, une pelle et un extincteur accessibles, et vérifier les détecteurs avant chaque saison.
  5. Vérifier ses obligations d’assurance : certains contrats posent des conditions sur les appareils de chauffage au bois et les foyers extérieurs. Demandez à votre assureur de confirmer les exigences exactes.

Notre guide pour aménager l’extérieur d’un chalet québécois propose des idées d’aménagement de la zone de foyer qui tiennent compte de ces contraintes, et notre entretien sur le chalet quatre saisons montre comment un propriétaire planifie l’entretien de son chalet au fil de l’année.

Que faire pendant une interdiction de feux ?

Une interdiction ne signifie pas qu’il n’y a plus rien à faire autour d’un chalet le soir. Quelques idées :

  • Passer au gaz si l’hôte fournit un foyer au propane, en vérifiant que la règle locale l’autorise.
  • Griller autrement : avant d’utiliser un barbecue, quel qu’il soit, vérifiez la règle locale en période d’interdiction.
  • Profiter du ciel : une soirée sans feu, c’est aussi une soirée où l’on voit mieux les étoiles. Un bon prétexte pour sortir les couvertures.
  • Reporter sans regret : un séjour d’automne ou de printemps, quand le risque d’incendie est plus faible, offre souvent un meilleur compromis. Notre guide pour choisir le bon moment pour réserver aide à arbitrer.

Pour une escapade plus sauvage, notre voisin du réseau voyage-canada.com détaille aussi la réglementation du camping sauvage au Canada, utile si vous prolongez votre séjour en tente.

Récapitulatif avant le départ

  1. Consulter l’état des interdictions de feux (SOPFEU) le jour du départ et le jour de l’allumage.
  2. Demander à l’hôte quels foyers sont autorisés, quel bois est fourni et quelles règles s’appliquent.
  3. Ne pas apporter de bois de chauffage de chez soi ; acheter sur place.
  4. Utiliser le foyer prévu, avec pare-étincelles, sur sol minéral, loin des bâtiments.
  5. Éteindre complètement : arroser, remuer, arroser, vérifier au toucher.
  6. Ranger les cendres dans un contenant métallique avec couvercle, à l’écart du chalet.
  7. Ne jamais utiliser d’accélérant et ne jamais laisser un feu sans surveillance.

Ces gestes ne gâchent rien de la magie d’un feu de camp : ils garantissent qu’elle dure toute la saison, pour vous comme pour le prochain locataire.

FAQ

Peut-on faire un feu de camp au chalet en tout temps au Québec ?

Non. Un feu à ciel ouvert peut être interdit par la SOPFEU ou par la municipalité lorsque le risque d’incendie de forêt est élevé, et certaines municipalités exigent un permis ou limitent les feux à un foyer conforme. Consultez l’état des interdictions le jour même et demandez à l’hôte quelles règles locales s’appliquent.

Un foyer avec pare-étincelles est-il permis pendant une interdiction de feux ?

Selon la SOPFEU, un foyer ou un poêle à combustible solide allumé dans une installation prévue à cet effet et muni d’un pare-étincelles dont les ouvertures ne dépassent pas 1 cm, de même que certains appareils au gaz ou à l’éthanol, peuvent faire l’objet d’une exemption, sur sol minéral. Les règlements municipaux peuvent toutefois être plus stricts : vérifiez avant d’allumer.

Puis-je apporter mon bois de chauffage de la maison jusqu’au chalet ?

Pas sans vérification. L’Agence canadienne d’inspection des aliments interdit de déplacer du bois de chauffage hors d’une région réglementée à cause de l’agrile du frêne, y compris pour l’apporter à un chalet ou à un camping. Le plus simple est d’acheter le bois sur place ou auprès de l’hôte.

Comment éteindre correctement un feu de camp ?

Arrosez abondamment les braises, remuez les cendres pour atteindre les braises cachées, puis arrosez de nouveau jusqu’à ce que tout soit froid au toucher. La SOPFEU rappelle qu’environ 60 feux de forêt par an proviennent d’un feu de camp mal maîtrisé ou mal éteint.

Que faire des cendres d’un foyer ou d’un poêle à bois ?

Laissez-les refroidir longuement, puis placez-les dans un contenant métallique muni d’un couvercle, posé sur une surface non combustible et à l’écart du chalet, de la terrasse et des réserves de bois. Des cendres paraissant froides peuvent garder des braises durant plusieurs jours.

Sources officielles : SOPFEU, prévention et restrictions ; ACIA, élargissement des zones réglementées pour l’agrile du frêne (mars 2025).